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QUATRE FORMES D’HYPNOSE

Toutes les techniques d’Hypnose visent à produire un état modifié de conscience chez la personne, les différences sont dans les manières d’arriver à ce but , dans l’esprit avec lequel est faite l’intervention hypnotique et dans l’objectif global visé de cette intervention.

Bien que l’utilisation des états modifiés de conscience date des premiers âges de l’homme, nous situerons les formes d’Hypnose à partir de la création du terme « hypnose » (James Braid, 1841, publié pour la première fois en 1843) et des premières structures d’utilisation médicale et psychothérapeutique occidentalisées.

 

L’Hypnose Classique et semi-traditionnelle

C’est la première manière de pratiquer l’Hypnose et la plus simple. On devrait juste l’appeler « Hypnose », car elle n’est « classique » que pour nous, près de 180 ans après…


L’Hypnose Classique se caractérise par sa simplicité, bien qu’elle possède les bases techniques utilisées dans toutes les formes d’Hypnose dissociantes (Ericksonienne ou Nouvelle). On l’utilise en France surtout dans ses applications médicales ou psychosomatiques, parfois analytiques. Elle est pourtant capable d’offrir de belles séances, certes simples techniquement, mais touchantes et profondes.

L’hypnose que l’on voit en spectacle (music-hall) dérive de l’Hypnose Classique, mais elle est encore plus basique et simplifiée, et elle possède ses caractéristiques propres (aspect autoritaire et directif de l’hypnotiseur) au point que l’on pourrait presque parler d’une toute autre forme d’hypnose, classée à part.

Attention donc à ne pas mélanger ces deux approches : ce n’est pas parce que certaines techniques de l’Hypnose « Classique » sont utilisées en spectacle que « l’Hypnose Classique, c’est du spectacle » !


L’Hypnose Classique existe depuis près de deux siècles et possède plus de techniques que toutes les autres formes d’Hypnose. Chaque hypnothérapeute fait de la synchronisation (préconisée par Mesmer, dès 1750), utilise en permanence  les suggestions « directes » et « directes camouflées », les suggestions « indirectes » (décrites dès 1843 par James Braid), fait des métaphores (utilisées dès les débuts de l’Hypnose au XIXème siècle), des métaphores ouvertes (« rêves éveillés dirigés », Desoille, 1938), produit des régressions hypnotiques (Janet, 1910) et même des ancrages pour cela (« pont affectif », Watkins, 1978), etc.

Que de techniques venues de l’Hypnose Classique et utilisées au quotidien par les hypnothérapeutes, y compris « éricksoniens » ou de Nouvelle Hypnose !…

Milton Erickson lui-même a bien entendu pratiqué l’Hypnose (« Classique », donc) toute sa vie, y compris de manière directe et souvent en position dominante (ce que ne font pas tous les hypnothérapeutes, mêmes « classiques »), ce que l’on reconnait aisément dans la plupart de ses thérapies et démonstrations (lire ses livres).


Tout praticien de l’Hypnose thérapeutique connaît et pratique donc les techniques de l’Hypnose dite Classique.

En France, contrairement à d’autres pays comme les USA, la Grande-Bretagne, l’Espagne ou encore la Russie, où l’Hypnose Classique est encore très pratiquée, les hypnothérapeutes ajoutent habituellement les techniques issues de l’Hypnose Ericksonienne et de la Nouvelle Hypnose. On devrait normalement appeler cette alliance de l’Hypnose « semi-traditionnelle » (Weitzenhoffer, 1989) mais, bien souvent, l’appellation « Hypnose Classique » est mise de côté au profit d’un intitulé plus commercial car rimant avec le rêve américain…


L’Hypnose Ericksonienne

Voici un terme assez connu en France, davantage d’ailleurs que dans son pays d’origine, les États-Unis !


L’Hypnose dite « Ericksonienne » est plus « rusée » ou « stratégique » que l’Hypnose Classique. Elle tire son nom du psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980). On dit qu’Erickson était « artfully vague », ce qui est difficile à traduire : « art » signifiant « habile, adroit, rusé ». Donc, à la fois vague, flou, difficile à cerner… et rusé. On dira : stratégique.

L’Hypnose Ericksonienne dérive donc de l’observation des techniques thérapeutiques d’Erickson, souvent hors hypnose. On parle ainsi souvent d’approche éricksonienne, au sens large. Erickson, pour sa pratique de l’Hypnose, étant lui-même resté essentiellement « classique » dans son approche (39% de sa pratique).

Ernest Rossi et Jeffrey Zeig ont mis en évidence l’esprit dans lequel Milton Erickson pratiquait la thérapie. Jay Haley a centré son étude sur l’aspect interactionnel, voire presque systémique. Bandler et Grinder ont utilisé la Grammaire Transformationnelle pour repérer les spécificités de langage d’Erickson… Lockert a décrit les séries de processus mis en place inconsciemment par Erickson, dérivés de la Psychologie Sociale… Les observateurs et successeurs d’Erickson ont ainsi réuni l’ensemble des techniques de ce que l’on appelle aujourd’hui « Hypnose Ericksonienne ».

Au sens strict, l’approche reste « sans théorie », comme le voulait Erickson. Des principes dictent l’action du thérapeute, qui improvise la séance de soin, avec beaucoup d’anecdotes personnelles et de prescriptions de tâche. La partie « hypnose », quand il y en a une, est très semblable à l’Hypnose Classique, hormis le fait qu’elle puisse incorporer les « ruses » du thérapeute (noeuds psychologiques découverts et activés par le thérapeute pour pousser l’Inconscient dans la direction voulue).

On disait que le seul véritable éricksonien était Milton Erickson, ce qui était certainement vrai, jusqu’à la mise à jour du « Milton-modèle 4 » (Lockert, 2008). Erickson était davantage une sorte de « manipulateur de nos automatismes » qu’un psychothérapeute, dans le sens auquel on l’entend aujourd’hui. Les liens faits avec les techniques issues de la psychologie sociale expliquent son art de provoquer les réactions adéquates pour orienter une personne vers l’arrêt de son symptôme. Les exemples d’applications de sa manière de pratiquer sont nombreux, bien que restreints à des domaines essentiellement « mécaniques » (énurésie, troubles obsessionnels, phobies, anesthésies, sexologie, etc.).

Erickson se désintéressait de la « psychologie », au sens qu’on lui donne en Psychologie, en Psychothérapie ou en Psychanalyse. Il réprouvait même souvent, et violemment, les théories psychologiques et les autres formes de psychothérapie, comme la Psychanalyse, la Gestalt, l’Analyse Transactionelle, etc. Il considérait publiquement leurs praticiens comme « des charlatans »… S’appuyant sur la conviction que « chaque personne est unique et ne peut rentrer dans aucune théorie » (ce que disent aussi les autres approches, soit dit en passant), il était d’une ruse incomparable pour pousser une personne à faire ce qui lui semblait bon pour elle. Il savait jouer sur les réactions naturelles et utilisait avec talent le contexte et les attentes des personnes.

A côté de cela, sa pratique de l’Hypnose était plutôt « classique », quoique très fine et intelligente (rusée, justement), et bien que parfois aussi très autoritaire et directe.

Il reste peut-être aujourd’hui quelques puristes essayant d’imiter avec plus ou moins de succès le « maître ». Chacun des élèves d’Erickson a créé sa propre manière d’utiliser les outils éricksoniens : Palo Alto et la systémique, Jay Haley et la thérapie familiale ou ordalique, Daniel Araoz, David Calof, William O’Hanlon, Olivier Lockert et la Nouvelle Hypnose, etc.

C’est donc en réunissant les spécificités d’Erickson que s’est créée l’Hypnose qui porte son nom, même si lui-même n’a jamais pratiqué l’hypnose « éricksonienne » comme on le fait aujourd’hui. Et c’est cette base technique, améliorée et adoucie, qui est venue enrichir la « Nouvelle Hypnose » actuelle…


La Nouvelle Hypnose

Le terme « Nouvelle Hypnose » a été créé en 1979 par le sexothérapeute Daniel Araoz, en clin d’oeil à la « Nouvelle Ecole » (Bernheim, par opposition à l’Ecole de la Salpêtrière, Charcot) qui insistait sur l’importance du langage, du choix des mots (suggestions).


Cette nouvelle forme d’Hypnose innove dans bien des domaines. D’abord, c’est la première forme d’Hypnose participative. L’Hypnose Ericksonienne était « permissive » ; elle donnait l’impression à la personne qu’elle avait son libre arbitre, mais bien sûr cette liberté était restreinte aux seules options positives : on ne laissait pas la personne se remettre mal, par exemple. En Nouvelle Hypnose, on demande à la personne de participer, de choisir un souvenir qui servira d’induction, par exemple.

Daniel Araoz écrit dans le livre qui baptise la « Nouvelle Hypnose », au début des années 80, que cette forme d’Hypnose « doit beaucoup à l’Hypnose Ericksonienne, mais est complètement différente de cette dernière ».


Ernest Rossi lui-même, qui préface ce livre, explique que ses années avec Erickson l’ont préparé à la Nouvelle Hypnose, que ces années étaient une préparation à la pratique de la Nouvelle Hypnose. Ernest Rossi est d’ailleurs considéré par les historiens américains de l’hypnose comme étant le « grand-père » de la Nouvelle Hypnose (c’est en effet le premier à avoir proposé des protocoles thérapeutiques avec des étapes bien identifiées, se séparant ainsi de l’Hypnose d’Erickson, anti-théories, anti-protocoles).

Il est donc clairement posé que la Nouvelle Hypnose, bien qu’elle reprenne certaines techniques de base de l’Hypnose Ericksonienne, s’en différencie, tant en technique qu’en esprit. La seconde différence importante, après l’aspect participatif, est l’importance donnée au langage. La Nouvelle Hypnose utilise sur les observations de la PNL puis développe et améliore les spécificités de langage d’Erickson pour en faire un nouveau langage à part entière, jamais observé chez Erickson.

La Nouvelle Hypnose utilise ainsi, par exemple : le Milton-modèle (bases mises à jour par la PNL, puis améliorées en NH), la technique du « saupoudrage », les métaphores sur de multiples niveaux (seulement 2 chez Erickson, jusqu’à 7 en Nouvelle Hypnose), etc. et ajoute des techniques anciennes ou inédites : la synchro des hypnotiseurs classiques (mise à jour), le VAKOG d’Antoine de la Garanderie (1950, repris aussi par la PNL), de nouvelles inductions hypnotiques participatives, des métaphores isomorphiques (courtes, moyennes ou en conte), la communication subliminale multi-niveaux, des structures PNL améliorées pour être utilisées en hypnose, etc.

Tout cela dans un esprit moderne qui inclut les attentes actuelles, comme la préoccupation que l’on peut avoir par rapport à ses émotions, ses relations aux autres, le couple, son confort de vie, le développement personnel, etc. (toutes choses inconnues chez les hypnothérapeutes « classiques » ou chez le psychiatre Erickson).

Milton Erickson pouvait être très dominant et très directif, même lorsqu’il ne pratiquait pas l’hypnose – par exemple, en tant que médecin, c’est lui qui établissait son diagnostic et choisissait donc le but et les étapes de la thérapie (comme un médicament). Il décidait et menait la séance, quoi qu’en pense la personne (pas d’anamnèse au sens qu’on lui donne aujourd’hui). C’est ce qui a fait de lui un « thérapeute hors du commun » car il aimait jouer de techniques d’influences, souvent indirectes (hors hypnose), capables de contrer la volonté consciente et donc la résistance potentielle de la personne.

Toutefois, cette manière de pratiquer, très patriarcale, n’est plus du tout au goût du jour : plus aucun thérapeute actuel ne pratique comme le faisait Milton Erickson. Ce qui était possible à l’époque, en 1940-1950, ne « passerait » plus du tout aujourd’hui (on finirait immédiatement en procès !)… Les collègues d’Erickson, dans les années 60, trouvaient déjà ses techniques « brutales » (cf. Haley)… Notre temps est au libre arbitre de chacun, à l’autonomie et à la compréhension du sens de notre vie.

De plus, Milton Erickson pratiquait une psychothérapie « mécaniste », « médicale » dans l’esprit, c’est-à-dire qu’il réparait ce qui était cassé, sans penser à la qualité de vie de la personne et encore moins à son développement personnel, toutes choses qui sont au coeur de la psychothérapie aujourd’hui. C’était un « thérapeute-mécanicien », certes génial, mais qui ne s’occupait pas de psychologie profonde, de connaissance de soi, de qualité de vie – ni par rapport à soi-même (« être bien dans sa peau »), ni par rapport aux autres – et encore moins du sens que l’on peut donner à l’existence (« trouver un sens à sa vie »).

En Nouvelle Hypnose, les techniques « dures » d’Erickson sont abandonnées (but des séances décidé par le thérapeute seul, techniques d’influence et de manipulation, confusion du patient, inductions directes « classiques », suggestions post-hypnotiques allant contre la volonté de la personne, amnésie des séances, prescriptions de tâches à accomplir, etc.). Les principes éricksoniens ne sont plus utilisées « à la Erickson », tellement ils ont évolué et sont devenus subtils, doux et cachés (suggestions indirectes, subliminales, métaphores et symbolisme, structures thérapeutiques longues incorporées, etc.).

En Nouvelle Hypnose, on a repéré chez le « sage de Phoenix » les exceptions, les spécificités qui permettent une Hypnose « hors du commun », et on n’utilise plus qu’elles : le tout donne une manière de faire de l’Hypnose inconnue chez Milton Erickson, bien qu’une partie des « morceaux » en question proviennent de sa pratique.

La Nouvelle Hypnose, souvent encore improprement appelée « Hypnose Ericksonienne » (car le terme est connu du grand public, qui a fait d’Erickson une sorte de gourou ou de génie), est la forme d’hypnose thérapeutique la plus pratiquée aujourd’hui avec l’Hypnose Humaniste, y compris d’ailleurs par les hypnothérapeutes qui se qualifient eux-mêmes « éricksoniens ».


L’Hypnose Humaniste

Se plaçant à l’opposé des autres formes d’Hypnose, l’Hypnose Humaniste (Lockert 2001, d’Angeli 2007) propose à la personne d’inverser l’induction hypnotique habituelle – non plus pour « endormir » la personne, la dissocier ou l’isoler du monde, mais bien pour la reconnecter, à elle-même et aux autres, à l’associer ou l’éveiller davantage. On parle alors d’Etat Augmenté de Conscience, avec les mêmes caractéristiques que l’Hypnose ordinaire, mais sans perte de conscience ni manipulation de la part du thérapeute (même « thérapeutique »).

En un sens, l’Hypnose Humaniste revient aux sources millénaires des premiers thérapeutes et aide la personne à se reconnecter à elle-même aux courants naturels de la Vie. Les inductions hypnotiques, dites « en ouverture », sont donc « inversées » – c’est-à-dire qu’elles tendent à modifier l’Etat Ordinaire de Conscience de la personne par augmentation de la conscience, plutôt que par diminution de la conscience – ce qui permet à la personne d’accéder elle-même à son Inconscient. Le thérapeute n’est alors plus qu’un guide, une main secourable sur le chemin personnel de la guérison.

L’Hypnose Humaniste se base sur les connaissances modernes de la psychologie, de la symbologie, de la physique, du cerveau et de l’esprit humain. Elle offre également une cosmologie complète, qui dépasse le cadre de la simple psychologie. Tout cela permet à l’hypnothérapeute humaniste de traiter des troubles psychologiques et physiologiques qui seraient autrement hors du domaine habituel de l’Hypnose.

Grâce à sa technique hypnotique très spécifique, l’Hypnose Humaniste est directe et non-camouflée (aucune suggestions à l’Inconscient ni aucune manipulation subliminale de la part du thérapeute), tout en offrant une structure théorique et pratique solide, dans un esprit moderne qui englobe et dépasse la vision de la Nouvelle Hypnose.

L’Hypnose Humaniste cherche à combler la fracture originelle qui existe entre le conscient et l’Inconscient et ainsi à réunifier la personne en elle-même, l’aider à devenir « Un-Consciente », au moins le temps du travail thérapeutique (puisque, même en Hypnose Humaniste, l’état modifié de conscience n’est qu’un état ponctuel, lié à l’hypnose, donc qui n’existe que pour la durée du travail thérapeutique). Cela permet un travail « en Conscience » sur les blessures inconscientes – où le thérapeute n’est donc qu’un guide, qui aide la personne à comprendre, guérir et grandir.

L’Hypnose Humaniste possède un modèle philosophique de compréhension des troubles humains (proche de la vision jungienne), les moyens d’y remédier et toutes les techniques nécessaires à cela. Elle se place ainsi parmi les thérapies européennes (alors que l’Hypnose Ericksonienne, la Nouvelle Hypnose, comme la PNL, reposent sur un modèle américain). Le Sens des choses y est important, comme la connaissance de soi et le fait de grandir humainement.

L’Hypnose Humaniste fait partie des approches « transpersonnelles » et propose de fait (au thérapeute et éventuellement aux personnes qui le désirent) une véritable façon de vivre qui la font dépasser du cadre strict des approches thérapeutiques.

Par son acceptation de l’aspect spirituel de la vie et sa préoccupation du système global dans lequel nous vivons (écologie), l’Hypnose Humaniste est une « Hypnose pour Nous »

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